«Il nous dérange, c’est vrai, le bruit est fort, surtout quand les fenêtres restent ouvertes à trigger de la chaleur.» Employée à la commune de Chiasso, et résidente de Vacallo, une petite bourgade tessinoise de 3000 habitants bordant l’Italie, Maria Bertarelli parle du drone du Corps des gardes-frontière (CGF) suisse, qui patrouille la zone frontalière entre la Suisse et l’Italie la nuit. Furthermore précisément, il s’agit d’un engin de 200 kilogrammes, muni de puissantes télécaméras, mesurant près de cinq mètres de longueur et capable de voler de ninety à 220
km/heure.

Depuis des mois, des habitants des communes frontalières tessinoises – et italiennes – dénoncent la air pollution sonore causée par le drone du CGF, même aux petites heures de la nuit. Devant les médias locaux, des citoyens en colère ont comparé le vacarme à celui d’un avion qui décolle. Des résidents se sont plaints de ne pouvoir dormir la nuit et de problèmes de santé engendrés par l’absence de sommeil. Une famille aurait même déménagé pour fuir le bruit.

Porte-parole du CGF suisse, David Marquis explique que le drone patrouillant la frontière sud du pays est utilisé pour lutter contre la criminalité transfrontalière: vols par effraction, immigration illégale, contrebande et traite d’êtres humains. «Celui-ci est pour nous un outil précieux. Nous sommes néanmoins conscients que l’appareil employé actuellement est bruyant et perturbe certains résidents.» Il ajoute que le CGF discute présentement avec les autorités tessinoises afin de trouver une option qui tienne compte, à la fois, de la sécurité de la populace et de la nécessité de réduire le bruit.

Les drones employés par le CGF sont des appareils militaires appartenant aux Forces aériennes suisses. Ce sont des drones de reconnaissance de type Advertisements 95 Ranger, en service depuis 2001, indique Delphine Allemand, responsable des communications de l’Armée suisse. Sur les 28 appareils acquis à l’époque, fourteen sont encore en fonction, dont l’engin qui survole la frontière tessinoise.

Un ressenti subjectif

Delphine Allemand affirme que l’armée ne dispose pas de données concernant l’intensité sonore produite par le drone. «Ce ressenti est très subjectif et, souvent, il dépend des conditions environnementales», estime-t-elle. «Par exemple, la populace remarque moins les drones au cours de la journée, l’environnement étant plus bruyant que pendant la nuit.» Elle indique que l’appareil actuel sera remplacé par un drone de type Advertisements fifteen Hermes 900 HFE, doté d’un moteur à diesel moins bruyant et dont la livraison est prévue en… 2019.

«Le bruit du drone peut nuire à qui a déjà de la difficulté à trouver le sommeil, ce qui peut entraîner de la exhaustion, des problèmes de concentration ou de la mauvaise humeur», fait valoir Rolando Bardelli, médecin généraliste et responsable de l’Environnement de la commune de Balerna, à trois kilomètres de la frontière italo-suisse. Des citoyens se sont plaints du bruit auprès des autorités communales, mais lui-même admet trouver le sommeil sans problème, même s’il entend le bruit.

L’appareil auditif des résidants n’est pas à risque. «La gêne qu’occasionne un bruit découle en grande partie de la connotation qu’on lui attribue», explique Marco Mazzaretto, responsable de la société Amplifon, qui vend des appareils auditifs à Lugano. «S’il s’agit du moteur d’un objet qu’on juge envahissant, qui nous surveille en permanence, le bruit peut être d’autant plus perturbant. Mais si le cerveau s’habitue au bruit – comme au silence – après un minute, il n’est plus gêné.» Il ajoute qu’en fermant les fenêtres d’un appartement (récent), on amortit le bruit de 40 décibels.

Pour Michaël Perrottet, directeur de la société Media drones, à Fribourg, et passionné d’aéromodélisme et de drones depuis fifteen ans, la technologie du Ranger – sa structure, son poids et son moteur – est dépassée. Se basant sur ses caractéristiques présentées sur le internet site de l’Armée suisse, il commente: «Il s’agit d’une bonne machine, encore relativement performante pour son âge, mais le moteur, à deux temps, est vieux et bruyant. Son bruit est similaire à celui d’un motocross.» Pour lui, la technologie la plus adaptée serait un drone à propulseur, comme dans le cas d’un dirigeable. «Il ne serait pas discret visuellement, mais il ne dérangerait pas au niveau sonore.»

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